A l'horizon de la 520ème édition de notre vénérable Foire de Brent, il me semble juste et même nécessaire de s'arrêter un instant sur son contexte actuel. Si nous avons eu maintes fois l'occasion de retracer avec force détails le chemin parcouru par les nombreux acteurs qui en ont fait ce qu'elle est devenue aujourd'hui, son avenir n'est que peu ou pas évoqué. Et pourtant…

 

Condamnés à perpétuité par l'acte de 1486, on pourrait se dire que le problème est réglé. En théorie oui, mais en pratique, c'est une autre histoire.

 

Cette manifestation d'importance, pour notre village tout au moins, a toujours nécessité ce que l'on appelle pompeusement aujourd'hui des ressources humaines, ce que nous continuons, nous autres à appeler modestement des bénévoles. Depuis le Renouveau de la Foire, au début des années 60, ils sont des centaines à avoir mis la main à la pâte; certains d'entre eux ont aujourd'hui malheureusement disparu, mais leur souvenir reste rivé dans nos esprits.

 

C'est d'ailleurs inspiré par leur action que le renouvellement des forces a pu se faire, sans jamais mettre en péril la tradition. Bien sûr, je ne dis pas que les candidats, notamment dans les comités organisateurs, se sont systématiquement bousculés au portillon pour prendre en mains les responsabilités liées à l'événement.

 

Il n'en demeure pas moins que la relève, condition nécessaire, n'a, ne peut et ne pourra jamais être idéale et solide sans des rapports humains sains et soigneusement entretenus. De même, une attention particulière doit être apportée à la répartition des charges dans les sociétés participantes d'abord et au sein du comité d'organisation ensuite. Nous avons la chance d'avoir au village une société de jeunesse qui constitue une sorte de pépinière en matière de relève, ce d'autant plus que ses membres sont très tôt associés aux traditions liées à la Foire.

 

Il y a également de nombreuses forces potentielles, parfois cachées, dans notre village et ses environs qui seraient parfaitement à même de rejoindre l'un ou l'autre de nos comités. Ces forces, chacun le sait, ne se mettent pas spontanément en mouvement. C'est à nous de leur donner l'impulsion nécessaire en prenant le temps d'expliquer clairement les mandats qu'on souhaiterait leur confier, de les rassurer en ramenant au juste niveau la part de loisirs à y consacrer, bref installer une vraie relation de confiance.

 

Enfin, les allègements considérables apportés année après année aux infrastructures et à l'organisation par les bénévoles, les sociétés et entreprises ainsi que par les autorités nous laissent suffisamment de temps aujourd'hui pour consolider encore l'accueil de nos visiteurs et la qualité des relations avec nos partenaires d'ici et d'ailleurs.

 

Pour nous tous, actifs d'aujourd'hui, le passé est certes une source de références que nous consultons souvent, mais là n'est pas notre seule mission. Nous devons en effet assurer que ces éléments de l'histoire soient portés à la connaissance des générations suivantes. C'est la voie qu'a prise la Société Villageoise en constituant des dossiers à l'usage des membres de son comité, visant à retracer des épisodes importants de la Foire de Brent.

 

Une histoire presque biblique…

 

Au (re)commencement, une poignée de pionniers rallumèrent le feu mourant de la Foire.

 

Le premier jour, ils discutèrent ensemble et décidèrent qui allait surveiller le feu.

 

Le deuxième jour, ils allèrent trouver les voisins pour leur expliquer leur idée.

 

Le troisième jour, ils prirent contact avec les autorités de la commune, du canton et fabriquèrent ensemble les outils nécessaires à leur projet.

 

Le quatrième jour, ils travaillèrent dur, améliorant sans cesse l'intendance.

 

Le cinquième jour, ils passèrent la main à des forces plus jeunes, non sans leur donner quelques conseils avisés.

 

Le sixième jour, aujourd'hui, nous continuons à mettre en valeur l'héritage spirituel et matériel de ce long et fructueux début de semaine.

 

Le septième jour, c'est pour plus tard, lorsque la perpétuité sera atteinte…

 

Bonne Foire et merci pour votre dévouement.

 

Emile Blaser

président du CO